Thèse de Claire Chanteraud, vendredi 18 septembre 2020, Le Bourget du Lac

Sujet Provenance des matières colorantes dans le contexte des grottes ornées des Gorges de l’Ardèche. Stratégie d’approvisionnement et liens culturels au Paléolithique supérieur. Le cas de la grotte aux Points (Aiguèze, Gard, France)
Date vendredi 18 septembre à 9h30
Lieu Université Savoie Mont Blanc dans l'amphi 001 du pôle Montagne (5 avenue de la mer Caspienne - Campus Savoie Technolac - 73376 Le Bourget du Lac) [Live et Replay]

Résumé
Depuis une vingtaine d’années, il existe une volonté de plus en plus affirmée d’inscrire l’étude des sites d’art rupestre dans une approche intégrée dont le fondement est de croiser autour de questions archéologiques et paléoanthropologiques les apports des différentes disciplines, tant dans leurs concepts que leurs méthodologies d’acquisition et de traitement des données (Delannoy et al., 2020 ; Castets, 2017 ; David et al., 2017 ; Lebon et al., 2014).
C’est dans cette philosophie de recherche qu’a été menée cette thèse, son objectif est d’inscrire la grotte aux Points dans son enveloppe territoriale passée à partir des études sur les matières colorantes et picturales (Monney, 2018). Cette démarche intellectuelle repose sur la mise en connexion des matières picturales composant les entités graphiques (poudre), des matières (blocs cohésifs) trouvées dans les sédiments qui contiennent les vestiges du Paléolithique supérieur et des matières ferrugineuses disponibles dans l’environnement local et régional.
Ce travail sur la matière colorante s’appuie sur une méthodologie multiscalaire in situ et en laboratoire afin de décrire les vestiges et matières picturales d’un point de vue morphologique, minéralogique, et géochimique et d’en extraire les informations pertinentes pour recréer la chaîne opératoire depuis les zones d’extraction jusqu’à leur présence (au sol, en paroi) sur le site d’étude. L’approche intégrée constitue le vecteur de construction des différents espaces, étapes et éléments de la chaîne opératoire.
L’apport de cette thèse est double. D’un point de vue méthodologique, elle propose un nouveau regard sur les techniques d’analyse in situ dans les cavités ornées et présente un cahier des charges adapté aux questions archéologiques sur les matières ferrugineuses. Elle a également permis le développement de nouveaux outils pour l’observation des parois et des phases d’altération. Enfin, elle permet de faire ressortir des verrous physiques et techniques de l’analyse des matières très riches en fer, questionnant ainsi la reproductibilité des analyses sur les différents objets archéologiques « colorants » et « colorés », dont les parois.
Pour ce qui est des productions humaines passées, malgré d’autres verrous induits par les dynamiques hydro-géomorphologiques des cavités karstiques (syn- et post-fréquentations), des liens entre matières picturales et blocs de matières colorantes en stratigraphie ont pu être établis offrant un contexte chronologique, technique et culturel solide à l’art pariétal de la grotte aux Points.
La nature géologique des blocs cohésifs de la grotte aux Points a été identifiée, et mise en relation avec celle des matières colorantes présentes dans le site de l’abri des Pêcheurs situé à 40 Km au nord (Ardèche, France). La lithologie similaire entre ces deux sites du Paléolithique supérieur laisse supposer une exploitation spécifique à l’échelle régionale d’un type de matière première alors que l’environnement géologique présente une grande diversité de ressources disponibles (Chanteraud et al., 2019).

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