HDR de Caroline Robion-Brunner, lundi 29 juin 2020, Toulouse

Sujet Fer et scorie: contribution des données sidérurgiques à l'histoire des sociétés ouest-africaines
Date lundi 29 juin à 14h
Lieu en distantiel [Retransmission en direct]

Résumé
En Afrique sub-saharienne, la sidérurgie est la plus vieille, la plus répandue et la plus importante des métallurgies qui y soit pratiquées. Ancienne d’au moins trois millénaires, elle est mise en exergue par les archéologues africanistes pour caractériser la période qui sépare la préhistoire de l’ouverture du continent aux influences techniques occidentales. Mais que sait-on de cette très longue période que l’on perçoit parfois comme indéfinie et immobile ? En substituant la catégorie chronologique de « Protohistoire » à celle de « Période précoloniale », les archéologues ont-ils suffisamment interrogé ce que représentait cette périodisation de l’histoire africaine. La place et le rôle du fer et des artisans qui le produisent au sein des sociétés africaines durant les époques qui suivent son introduction sont-ils suffisamment compris.
La présente recherche propose de dépasser ces écueils en élaborant des cartes rétrospectives qui permettent de répondre aux questions suivantes : où, quand, comment, combien et pour qui a-t-on produit du fer en Afrique ? Elle s’inspire donc pleinement de la géohistoire qui consiste à mobiliser les outils du géographe pour composer une explication des évènements et des périodicités, partant de l’hypothèse que la localisation des phénomènes de société est une dimension fondamentale de leur logique même et que la géohistoire amène à questionner et à historiciser les découpages du Monde. La production de cartes rétrospectives conduit dans le même temps à recenser toutes les données d’un phénomène et à évaluer leur pertinence qualitative et quantitative.
Avant d’entreprendre une histoire du fer en Afrique, il est indispensable de commencer par établir un bilan des connaissances qui mette en lumière les données et les méthodes. La zone d’étude choisie suit un transect nord-sud (Mali, Burkina Faso, Ghana, Togo et Bénin) qui offre l’avantage de s’affranchir de blocs environnementaux et politiques identiques et dans lequel j’ai mené de nombreuses recherches. La constitution d’une base de données regroupant toutes les informations sur le fer associée à un système d’information géographique n’avait jamais été réalisée pour le contexte africain. Elle a permis de réinterroger, siècle après siècle, la relation entre la sidérurgie et les différentes hégémonies politiques qui ont traversé le temps et l’espace.
Au-delà de l’analyse des questions relatives à sidérurgie ancienne en Afrique de l’Ouest, ce travail est également un plaidoyer pour la paléométallurgie. Cette science permet d’aborder d’une façon différente des questions plus générales. Les fluctuations dans la production et la consommation des métaux et des objets métalliques offrent l’opportunité de questionner les besoins d’une population et ainsi en creux d’approcher la démographie et les dynamiques de peuplement. La localisation des lieux de production des matières premières, des produits bruts ou manufacturés traduit le système de réseaux et de contrôle dans lequel s’effectuent les activités techniques et les échanges. Les circuits, la nature des produits et l’identité des acteurs de cette activité peuvent alors être restitués. Enfin, l’abandon et la transformation d’un procédé technique traduisent l’innovation et l’adaptabilité des artisans, ainsi que la diffusion des idées. L’analyse de ces mécanismes permet d’apprécier la conception de celui qui fait et qui modifie la matière, en d’autre terme la façon dont il voit le monde et comment il peut le modifier.

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