Thèse de Mickaël Baillet, lundi 20 février 2017, Bordeaux

Sujet Eclairage de la tracéologie lithique sur le système techno-économique nomade châtelperronien
Date lundi 20 février à 14h30
Lieu amphithéâtre du bâtiment B6, université de Bordeaux, campus "Sciences du vivant"

Résumé
Pour l’extrême ouest eurasiatique, le problème demeure de savoir selon quelles modalités anthropologiques Neandertal et l’Homme d’Anatomie Moderne (HAM) se sont succédés, via une période artificiellement appelée de « Transition ». Un remède pourrait selon nous venir d’une approche globale du système techno-économique nomade, et non plus seulement restreinte à la seule approche technologique des industries lithiques. Notre thèse applique cette échelle systémique à une culture emblématique du problème évoqué, le Châtelperronien, via l’étude fonctionnelle de ses équipements lithiques. C’est-à-dire que nous avons placé la tracéologie lithique ainsi que l’expérimentation au cœur de notre méthodologie analytique, afin de cerner à la fois les stratégies industrielles et les activités outillées des communautés châtelperroniennes. Tandis que nous nous sommes basé sur des modèles théoriques explicites pour appréhender plus généralement leur système de fonctionnement économique relativement à leur mode de nomadisme. Nous avons également utilisé la tracéologie afin d’éclaircir la problématique taphonomique spécifique au Châtelperronien via l’état de surface des vestiges. Notre travail est centré sur trois collections du Périgord et une des Cantabres, et nous avons intégré nos diagnostics sur 17 autres gisements. Nos observations sur l’état de surface des collections nous pousse finalement à suggérer que la dichotomie entre «sites à indices de passage » et « sites à dépôt archéologique » ne serait pas le résultat taphonomique d’évènements climatiques induisant une érosion à géométrie variable (i.e. intersites et/ou intrasites), comme nos prédécesseurs concevaient habituellement cette problématique spécifique. Au contraire, cela témoignerait bien d’un mode d’occupation très contrasté du territoire. L’analyse fonctionnelle des industries, de son côté, abonde également dans ce sens en révélant que les stratégies industrielles reflètent une double partition, à la fois humaine et économique. En effet, d’une part, le « support de Châtelperron » équipe notamment des individus missionnés sur des sites logistiques tels que des haltes de chasse, afin qu’ils fabriquent et utilisent tour à tour des armatures de sagaie ou des couteaux de boucherie. D’autre part, certaines haltes logistiques sont conçues comme la conjonction entre le renouvellement de l’industrie lithique et la réalisation d’activités spécialisées à caractère vivrier (boucherie) et artisanal (peausserie, et très probablement industrie osseuse). Quant aux campements résidentiels, manifestement très rares et alors sous-abris rocheux, ils abritent l’ensemble du groupe et sont le lieu où sont mis en œuvre l’ensemble des industries lithique et osseuse, ainsi que la parure, reflétant probablement le panel complet des activités de ces communautés. En somme, il ressort une spécialisation des outils au Châtelperronien, et plus généralement une spécialisation cynégétique du système technique lithique, couplées à un mode logistique de nomadisme sur de vastes territoires. Ceci pourrait refléter une segmentation du groupe par spécialistes, et notamment une partition sociologique dans laquelle la figure du chasseur occupe une place majeure. Enfin, la confrontation de notre modèle châtelperronien spécifique avec les principales cultures de la Transition sur notre aire géographique fait ressortir une définition restrictive du Paléolithique supérieur. En effet, la spécialisation cynégétique du système technique lithique et, corrélativement, celle du statut de chasseur parmi les membres du groupe, représentent selon nous les deux traits majeurs singularisant les communautés du Paléolithique supérieur dans son ensemble.

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