Sujet Les chantiers de construction des monastères aquitains aux XIe et XIIe siècles : de l'approvisionnement à la mise en oeuvre des matériaux de construction
Date jeudi 18 décembre 2025 à 14h
Lieu salle des Thèses de la Maison de la Recherche de l’Université Bordeaux Montaigne, Pessac

Résumé
Entre les XIe et XIIe siècles, l’Occident connaît un nouvel essor monastique, qui se concrétise par l’édification et la reconstruction de nombreux monastères. Si les dates de fondation de ces complexes et de consécration des églises sont parfois connues, les sources historiques demeurent très lacunaires en ce qui concerne les chantiers de construction. C’est pourtant durant cette période que se développe l’architecture en moyen appareil, moment charnière dans l’histoire de l’art de bâtir.
C’est principalement à travers l’étude de trois sites monastiques de l’Ouest aquitain, abordés dans une perspective monographique, que nous documentons ces chantiers. Les découvertes réalisées à Saint-Eutrope de Saintes — contours d’équerres, tracés techniques liés à la taille de la pierre, mais surtout à la pose — nous ont permis d’élargir ce questionnement afin de mieux appréhender les bâtisseurs du Moyen Âge central et leur savoir-faire. L’énigmatique église prieurale à plan centré Saint-Jean-l’Évangéliste de Trizay s’est vue adjoindre un monastère au cours du XIIe siècle. Les comparaisons entre les deux sites saintongeais, mais aussi avec d’autres édifices d’Aquitaine, témoignent des enjeux politiques en Saintonge ainsi que de la mobilité des artisans dès le XIe siècle. Enfin, l’abbaye de Cadouin, fondée autour de 1114, s’inscrit dans la mouvance des abbayes du « désert ». Elle constitue l’un des complexes monastiques du XIIe siècle les mieux conservés d’Aquitaine, notamment l’aile orientale, dont l’extrémité n’a pas encore été restaurée. L’examen de la décoration de l’abbatiale a révélé un système décoratif en mortier en relief — ou gaufrures — marquant l’achèvement de la construction dans la seconde moitié du XIIe siècle.
Au-delà des approches classiques de l’étude du bâti, une analyse fine des matériaux de construction est menée, à la fois in situ et en laboratoire, grâce à des observations macro- et microscopiques ainsi qu’à des analyses physicochimiques. L’intercomparaison de ces données permet de mieux comprendre, malgré l’absence de sources historiques, les modalités d’édification des complexes monastiques et de leurs différents bâtiments au Moyen Âge central, tout en éclairant l’économie du chantier, son déroulement et ses éventuelles interruptions.