Sujet Impact des conflits sur les forêts en Europe. Première application de l’anthracologie sur des camps militaires modernes, du XVIème au début du XIXème siècle
Date mardi 9 décembre 2025 à 14h
Lieu Muséum national d'Histoire naturelle, Pavillon de la Baleine, Amphithéâtre Rouelle, Paris
Résumé
La présente étude anthracologique a porté sur l’analyse de fosses à foyer de huit camps militaires s’échelonnant de 1552 à 1808 et fouillés en France, en Belgique, au Luxembourg et aux Pays-Bas. Au total, un peu plus de 25 000 fragments de charbons ont été observés et 27 taxons identifiés. Les assemblages anthracologiques, comparés aux cartes anciennes, ont révélé que les soldats avaient collecté leur bois de feu dans tous les types de boisements environnant leur camp (taillis/futaies, vergers, haies, formations rivulaires, jardins). Ils suggéraient également des prélèvements dans les stocks de bois secs, voire de bois d’œuvre, des habitants des territoires occupés, probablement sous forme de réquisitions ou de pillage. Un modèle de production de bois dans les forêts a été élaboré pour évaluer l’impact des prélèvements des troupes sur la dynamique des boisements, en fonction des besoins estimés en bois de feu des armées et des résultats anthracologiques. Cette approche appliquée au camp de siège de Maastricht (Pays-Bas) de 1748 a montré que les soldats avaient eu un impact significatif sur les boisements au moment du siège, encore visible 20 ans plus tard, et que les surfaces boisées dans les deux kilomètres autour du camp n’auraient pas suffi à couvrir les besoins en bois de feu de l’armée. Ces résultats, complété par des documents d’archives et des recherches sur les montants des dommages causés par les guerres modernes, plaidaient en faveur du recours aux réquisitions de combustibles auprès des villageois, en plus des saccages perpétrés dans les boisements. Ainsi, l’anthracologie a permis d’éclairer non seulement le quotidien des soldats lors des campagnes militaires mais également celui des populations des territoires occupés, à travers le pillage de la ressource boisée.