Thèse de Marie Ferrant, vendredi 17 décembre 2021, Paris

Sujet De la caractérisation à la datation des textiles anciens : vers une approche analytique intégrée pour l'étude d'un « marqueur chronologique » de l'Egypte ancienne
Date vendredi 17 décembre 2021 à 10h
Lieu Sorbonne Université, 4 place Jussieu, 75005 Paris Amphithéâtre 55A

Résumé
Les textiles sont abondamment retrouvés sur les sites de fouilles en Égypte, souvent dans de bons états de conservation du fait du climat aride. La fibre de lin peut être un bon proxy pour la datation d’objets archéologiques, à condition d’être précisément associée à l’évènement qu’on cherche à dater, ainsi que de ne pas être imprégnée de matières organiques exogènes susceptibles de modifier l’âge obtenu pour l’échantillon. C’est par exemple le cas du bitume, composé de carbone fossile dépourvu de 14C, dont la présence conduira au vieillissement de l’échantillon et dont l’utilisation est attestée dans certains contextes égyptiens. Ce travail de thèse se concentre sur ce deuxième enjeu. Il cherche d’une part à développer une protocole analytique capable de diagnostiquer l’imprégnation d’un textile échantillonné pour la datation dès le site de prélèvement, d’autre part à élaborer des protocoles d’extraction en laboratoire permettant le nettoyage des fragments imprégnés avant leur datation, en ciblant en particulier les hydrocarbures fossiles.
La spectroscopie infrarouge pour l’analyse des textiles a permis d’obtenir plusieurs informations distinctes. Tout d’abord, les états de dégradation du lin ont pu être documentés grâce à une étude comparée entre des échantillons modèles préparés au laboratoire et des fragments archéologiques de lin égyptien. Cette technique a également permis le développement d’un diagnostic distinguant le lin dégradé des échantillons imprégnés de matières organiques exogènes. Toutefois, la spectroscopie infrarouge s’est avérée insuffisante pour diagnostiquer la présence de substances fossiles, telles que le bitume dont la signature vibrationnelle est peu spécifique. Ainsi, une approche complémentaire par chromatographie sur couche mince, a été développée sur des matières d’embaumement brutes, séparant les constituants organiques imprégnés par familles chimiques et distinguant notamment les hydrocarbures. Enfin, un protocole d’extraction a été élaboré afin d’éliminer les composés organiques, éventuellement fossiles, imprégnés sur les textiles, permettant donc une datation la plus fiable possible. Cette méthodologie, mise au point sur échantillons modèles, a prouvé son efficacité face à des échantillons archéologiques en étant confrontée à deux corpus d’importance : des toiles de lin non datées provenant des réserves du département des Antiquités Égyptiennes du musée du Louvre (Paris) ainsi que plusieurs prélèvements réalisés sur une momie embaumée, d’âge inconnu, conservée au musée des Confluences (Lyon).

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