Post-Doc : Modélisation des réseaux de contacts au Néolithique (Bordeaux)

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La mobilité humaine est un facteur clé pour la propagation des gènes et des cultures, mais elle les affecte de différentes manières. Alors que les gènes se propagent exclusivement par les mouvements de personnes, les traits culturels peuvent se transmettre indépendamment et sur de longues distances par interaction culturelle. L'objectif de ce projet postdoctoral est d'explorer la co-évolution gène-culture en Europe lors de la transition vers l'agriculture en utilisant une nouvelle approche qui permettra d'estimer conjointement la mobilité humaine et la diffusion de la culture matérielle d'un point de vue tant génétique qu'archéologique. Le projet repose sur l'hypothèse que les sociétés mobiles sont caractérisées par une isolation par la distance relativement faible, tandis que les groupes moins mobiles seront structurés géographiquement. Il est également fondé sur l'idée largement acceptée selon laquelle les similitudes dans la culture matérielle résultent d'interactions répétées entre individus et groupes, favorisées par la mobilité individuelle, l'échange de biens, d'information sociale, de connaissances sur les techniques et des symboles. En d'autres termes, plus la culture matérielle est similaire, plus les liens qui unissent les groupes sont resserrés. Le rôle de la géographie dans la limitation ou l'amélioration des interactions et des mouvements des populations passées est un facteur majeur à prendre en compte. Le rôle de la distance géographique et des barrières dans la diffusion des traits culturels et des groupes sera étudié dans le but d'évaluer dans quelle mesure la géographie est un facteur conditionnant la diffusion des personnes, des savoir-faire, des symboles et des idées. Les individus peuvent être plus ou moins isolés dans les paysages et ne pas choisir un seul itinéraire optimal en raison de plusieurs facteurs culturels intrinsèques mais aussi externes (disponibilité des ressources….). Plusieurs méthodes, least cost path modeling, resistance distance, peuvent être utilisées pour explorer la connectivité entre les groupes. Cependant, la relation entre la proximité spatiale, culturelle et sociale peut ne pas expliquer à elle seule la géographie culturelle et les contacts entre les groupes, mais la structure du réseau lui-même peut avoir un impact sur les variabilités inter sites. Les méthodes basées sur les réseaux telles que l'analyse des réseaux sociaux (SNA) sont des outils précieux pour documenter et analyser les relations entre les sites archéologiques en fonction de divers attributs culturels. L'accent mis sur les communautés passées dans une perspective de réseaux s'est avéré utile pour aborder un large éventail de questions de recherche, y compris la diffusion et l'adaptation des innovations, les systèmes de croyance, l'échange et mobilité. La documentation de ces processus est essentielle pour comprendre la diffusion des technologies agricoles. Dans ce projet, nous souhaitons analyser des données génétiques et archéologiques conjointement et avec des méthodologies comparables. Nous nous concentrerons sur l'Europe à l'aube de l'agriculture, il y a environ 7500 ans, une période et une région pour lesquelles des données génétiques, ainsi que des données sur la culture matérielle, sont disponibles pour les derniers chasseurs-cueilleurs et les premiers agriculteurs. L'ensemble de données génétiques comprend des centaines d'échantillons publiés provenant de toute l'Europe pour la période cible, incluant des données génomiques, mitochondriales et du chromosome Y. L'ensemble des données archéologiques est composé d'une base de données géoréférencée actualisée des objets de parure produits par les derniers chasseurs-cueilleurs et les premiers agriculteurs d'Europe, couvrant 48 cultures archéologiques et recensant des centaines de types de perles différentes provenant de plus de mille sépultures et niveaux archéologiques répartis dans toute l'Europe. L'analyse combinée de ces ensembles de données permettra de déterminer si les frontières culturelles limitaient les flux de gènes et ralentissaient la propagation du Néolithique dans certaines régions.

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