Une thèse est proposée sur l'apport des connaissances historiques dans les démarches de prospective forestière. Les recherches en écologie historique démontrent que les peuplements forestiers actuels résultent de milliers d'années de coévolution entre dynamiques des écosystèmes et activités humaines. La diversité des trajectoires historiques restituées et ce même à l'échelle locale, reflète la complexité des interactions à l'œuvre au sein de ces socioécosystèmes forestiers. De même, ces études éclairent tout autant des changements de long terme (centaines, milliers d'années) que des transformations, parfois profondes, sur des temps courts (dizaines d'années) qui ont fortement fait évoluer les paysages. Pour autant la temporalité lente des forêts et les représentations qui y sont associées leur valent souvent d'être considérées comme un écosystème caractérisé par sa stabilité. Cette perception fixiste est renforcée par un processus de patrimonialisation des paysages engagé depuis le XIXe siècle et qui se poursuit aujourd'hui. Dans le contexte de crise environnementale actuelle, la conflictualité et les controverses sont accentuées, les effets des travaux forestiers sur les paysages sont de moins en moins acceptés par une partie des usagers des forêts. Ce décalage entre perception et trajectoire forestière interroge les choix de planification et de gestion actuels. Par ailleurs, les exercices de prospective sur la forêt, encore peu inclusifs pour la société civile, sont marqués par leur conservatisme et leur vision réductrice du passé. Dans ce contexte, l'hypothèse qui sous-tend ce travail est que la compréhension de la complexité du passé permettrait d'enrichir les visions des futurs et d'imaginer des solutions innovantes et durables.
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