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Comment le genre Homo a-t-il convergé vers un seul représentant, alors que l’enregistrement fossile du rameau humain indique une pluralité d’espèces depuis plus de trois millions d’années ? Les différences de trajectoires adaptatives des Homo et des paranthropes, ces autres hominines qui se sont éteints il y a un peu plus d’un million d’années, sont sans aucun doute le résultat d’interactions multiples et diverses d’un ensemble de mécanismes qu’il convient de considérer dans tout leur contexte écosystémique. Or à ce jour, aucune équipe ni aucun modèle, qu’il soit déterministe (basé sur des équations différentielles) ou probabiliste (fréquentiste, bayésien…), n’est capable de considérer de façon intégrée les impacts sur l’évolution humaine qu’ont pu avoir les mécanismes tels que la compétition intra- et interspécifique, la différenciation des niches écologiques et notamment des régimes alimentaires, la diversification des comportements ou encore l’émergence de différences cognitives et culturelles. De même, ces modèles ne permettent pas d’étudier l’impact du volcanisme ou des fluctuations climatiques sur l’évolution des espèces, alors qu’ils influencent directement la répartition et la disponibilité régionale comme globale des ressources biotiques et abiotiques (type, qualité, diversité, accessibilité spatio-temporelle). Ainsi, alors que de nombreux facteurs ont pu influencer l’évolution humaine, on se demande si d’autres trajectoires que celle observée (a priori contingente) auraient été possibles. Bien que l’on ne puisse pas « rejouer » cette trajectoire, il est possible de tester cette hypothèse par une approche de modélisation possibiliste, qui permet la prise en compte ou non, des facteurs causaux connus qui sont à l’origine de cette évolution. Les modèles possibilistes du type EDEN qui sont utilisés pour étudier les histoires des socio-écosystèmes actuels s’adaptent bien à cette problématique, car ils sont qualitatifs et s’accommodent de connaissances et de données de natures contrastées (par exemple physico-chimiques, climato-hydrologiques, bio-écologiques...) et inégalement réparties dans le temps et l’espace, comme celles, partielles, des enregistrements paléontologiques et archéologiques. Le but de ce projet de thèse est de tenter de répondre à cette question de la nature contingente (ou pas) de l’évolution humaine, en assemblant un maximum de connaissances expertes sur les paléoécosystèmes relevant de plusieurs disciplines scientifiques. Nos modèles ne pourront pas tester la contingence du genre Homo, mais une contingence, celle qui exhiberait des trajectoires différentes à partir d’un ensemble de mécanismes et de leurs interactions, éventuellement joués dans un ordre différent, ou pas joués du tout.

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