
La fin du Paléolithique en Europe occidentale (c. 14 kyr BP) représente une période de transformation des sociétés humaines en parallèle du réchauffement climatique du Tardiglaciaire, marqué notamment par l’installation définitive des espèces végétales et animales tempérées au détriment des taxons de steppe arctiques, emblématiques du Pléniglaciaire. Les changements techniques observés dans les productions d’objets sont alors classiquement interprétés soit comme une réponse directe à un stimulus environnemental (Optimal Foraging Theory), soit comme une quête de plus grande efficacité technique (Design Theory). Pourtant, dans l’ombre de ces modèles théoriques, d’autres hypothèses anthropologiques (mésologie, affordances ou interactions sociales), peuvent permettre d’éviter les ornières du déterminisme et de proposer des scénarios moins dualistes. La période considérée, qui correspond à l’Azilien (entre 14 et 12,5 kyr BP), est réputée être un moment de resserrement géographique des communautés, notamment marqué par une plus faible mobilité des individus et des matériaux. Cette contraction semble ainsi annoncer la fin des grands réseaux d’interactions sociales, apanage de l’Europe des Temps glaciaires, tout comme certains artisanats (technologie osseuse) et comportements graphiques (art pariétal, parures…) qui disparaissent avec le Paléolithique final. Ce scénario d’archipélisation au cours de l’Azilien est essentiellement alimenté par des données provenant de régions pauvres en silicites (i.e. Pyrénées, Armorique, Grands Causses) impliquant nécessairement le transport d’objets sur des grandes distances ou un transfert technique à des matériaux locaux. Or, les nouvelles données acquises dans le cadre du projet TAIHA et du GDR « Silex » renversent cette idée et mettent en exergue des circulations inédites d’objets sur plusieurs centaines de kilomètres, notamment au sein du Bassin aquitain, et plus largement entre Loire et Pyrénées. Ces premiers résultats ouvrent sur un projet de recherche doctorale visant à questionner les stratégies de mobilités des populations humaines et/ou des individus à l’Azilien, au cours du réchauffement climatique de l’Allerød (14000-12500 cal BP), alimentant les débats sur les continuités et arythmies du Paléolithique final. Afin de développer ces recherches, plusieurs méthodes et théories seront mobilisées : principes de la « Technologie lithique culturelle » fédérant les approches des technologues préhistoriens et des anthropologues des techniques, application des principes analytiques de la chaîne évolutive en pétroarchéologie et des analyses spatiales (modélisations de réseaux géographiques). Le corpus mobilisé pour l’analyse pétro-technologique est constitué de quatre séries-clés, situées entre Loire et Pyrénées : l’ilôt Renaudin (Angoulême, Charente), le Bois-Ragot (Gouex, Vienne), les Chaloignes (Mozé-sur-Louet, Maine-et-Loire), St-Geours-de-Maremmes (Landes) ; auxquels plusieurs jeux de données récemment acquis selon des méthodes similaires, seront ajoutés pour être mobilisés en vue d’une analyse de type réticulaire (réseau archéologique vs modélisation de réseaux géographiques par Proximal Points Analysis pour la structuration spatiale des données et analyses de similarité mobilisant les différents registres technico-symboliques pour la dynamique culturelle). Dans un second temps il s’agira de les intégrer aux données nationales accessibles (Jura, Alpes, Bassin parisien) puis au maillage ouest-européen des sites (Epimagdaleniense d’Espagne, Federmesser en Allemagne, Suisse, Belgique et Grande-Bretagne). L’approche proposée a donc pour objectif de mettre en évidence les tendances et les discontinuités au sein de l’Azilien, sans tomber dans le piège du lithocentrisme, en intégrant notamment les données des autres registres dans les analyses réticulaires, notamment celles liées aux comportements graphiques.
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