Lorsqu’ils discutent de l’origine et du développement des industries osseuses au cours du Pléistocène, la plupart des archéologues se focalisent sur les objets entièrement sculptés du Paléolithique récent européen et d’autres intègrent également les outils mis au jour en contexte Middle Stone Age africain. Or, l’utilisation de l’os à des fins technologiques est attestée par la présence d’outils expéditifs depuis plus de 2 millions d’année en Afrique du Sud, en Afrique de l’Est et en Asie orientale. Ces outils sont d’ailleurs encore utilisés de nos jours par des populations porteuses de savoirs traditionnels. Quels ont été les grandes étapes du développement de ce pan technologique ? En quoi ces outils reflètent-ils des adaptations environnementales particulières ? Peut-on identifier des grandes tendances nous permettant d’aborder l’évolution des stratégies technologiques dans le temps ? Au cours de la dernière décennie, un nombre croissant d’outils expéditifs a été documenté sur le continent européen. Toutefois, les méthodes traditionnellement employées pour inférer le rôle de ces outils dans les systèmes technologiques préhistoriques sont qualitatives et peu reproductibles. Elles consistent principalement à comparer les usures présentes sur le matériel archéologique avec des corpus expérimentaux. Des études récentes soulignent les limites de ces approches, notamment le fait que le développement et la stabilisation des micro-usures fonctionnelles ne constituent pas un processus linéaire et sont déterminés en partie par la nature du matériel avec lequel l’outil en os a été en contact de façon prolongé d’une part et que des biais sont introduits par le choix de l’équipement et du facteur de grossissement pour l’identification des micro-usures d’autre part. À cela s’ajoute également les nombreux processus taphonomique qui peuvent altérer, voire oblitérer, les traces d’utilisation et rendant la reconnaissance même de ces outils particulièrement difficile. Il importe donc d’évaluer quantitativement l’apport de ces sources convergentes de variation pour affiner notre interprétation de ces vestiges et ainsi mieux saisir leur rôle dans les systèmes techniques des populations préhistoriques. Le projet de thèse s’inscrit dans le prolongement des développements méthodologiques effectués à l’UMR5199 PACEA, notamment le recours à la tribologie et à l’analyse automatisée d’images pour faciliter l’identification et pour inférer la fonction des outils expéditifs. L’objectif de la thèse consistera à appliquer les principes de microscopie corrélative et de la néotaphonomie pour établir de manière complémentaire la fonction des outils préhistoriques et estimer la durée de leur utilisation. L’élaboration de corpus expérimentaux servira à la production d’un atlas de micro-usure. L’étude du matériel archéologique mis au jour à Artenac et La Quina (Charente) ainsi que Vaufrey Tourtoirac (Dordogne) permettra de tester la robustesse de la méthode.
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