Disparition d’Anne Tresset (1963-2019)

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L’UMR 7209 AASPE a la grande tristesse de vous faire part du décès de leur collègue Anne Tresset, archéozoologue, Directrice de recherche au CNRS, dans la nuit du jeudi 17 janvier, épuisée par une lutte de plus de quatre années contre un terrible cancer. Dès qu’elle était en mesure de se déplacer, elle venait encore travailler au Muséum et nous rassurait. Nous partagions l’espoir que la maladie reculait, et qu’elle l’avait définitivement vaincue.

Anne Tresset avait 55 ans. Elle avait commencé sa formation à l’archéozoologie en 1987 sous la direction de Jean-Denis Vigne, avec une Maîtrise portant sur les restes fauniques du site néolithique de Noyen-sur-Seine, puis avait poursuivi ses recherches sur la néolithisation du Bassin Parisien par un Doctorat soutenu en 1996, sous la direction du Professeur Marion Lichardus et le tutorat de Jean-Denis Vigne, portant sur « Le rôle des relations Homme/Animal dans l'évolution économique et culturelle des sociétés des Ve-IVe millénaires en Bassin Parisien. Approche ethnozootechnique fondée sur les ossements animaux ». De 1990 à 2000, elle a mené ses travaux au Muséum comme membre propre non statutaire de l'ESA 8045 (future UMR 7209) du CNRS "Archéozoologie et Sociétés" alors dirigée par François Poplin.

Après deux années post-doctorales en tant que Honorary Fellow de la Faculté des Sciences Sociales (Département d’Archéologie) de l'Université d'Edimbourg, elle est entrée au CNRS en 2000 comme chargée de recherche puis devient directrice de recherche en 2012. Elle a exercé ses activités au sein de l’UMR 7209 AASPE CNRS INEE - MNHN : Archéozoologie, Archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements au Muséum national d'histoire Naturelle de Paris, où elle a dirigé deux équipes entre 2009 à 2018 :

  • « Derniers Chasseurs, Premiers Producteurs, Domestication, Diffusion » ;
  • « Biodiversités, Anthropisation des écosystèmes et Sociétés, du Tardiglaciaire à l'Holocène.

Pour le nouveau contrat d’UMR 2019-2023, elle avait souhaité diriger l’équipe « Dynamiques de la Biodiversité Anthropisée au Tardiglaciaire et à l’Holocène ».

Au cours des 20 dernières années, elle a fortement participé à l'expansion de la communauté française des archéozoologues. Elle a publié près de 150 articles, co-édité deux ouvrages et rédigé près d’une centaine de rapports d’analyses.

Elle a joué un rôle actif dans le développement de nouvelles techniques analytiques pour l'archéozoologie, notamment les isotopes stables, la paléogénétique et la morphométrie. Elle a contribué à créer des synergies pertinentes entre les différents spécialistes, conduisant à une vision enrichie et affinée des processus de domestication animale et des interactions complexes entre le climat, les hommes et les communautés animales des petites îles. Elle a développé de nombreuses recherches sur la biogéographie néolithique et insulaire en Bretagne et dans les îles britanniques, dans le Nord de la France et en Roumanie. Elle collaborait à plusieurs projets développés au Muséum sur les petits Mammifères invasifs, commensaux en Europe atlantique en relation avec les premières sociétés agro-pastorales, notamment les genres Crocidura (UMR 7205) et Mus (UMR7209). Au cours des dernières années, elle a initié un projet sur les petites îles du nord de la Chine et a consacré une grande partie du temps que sa maladie lui a laissé pour travailler sur l'origine des chiens européens. Elle a récemment publié un article important sur cette question (http://dx.doi.org/10.1098/rsbl.2018.0286).

Elle a été chargée de cours d’un module d’archéozoologie à l’Université d’Edimbourg en 1999 et intervenait à Paris dans le DEA multi-sceaux « Environnement et Archéologie », puis le Master du Muséum « Evolution, Patrimoine Naturel et Société » et à Tours dans le Master « Sciences Historiques », spécialité « Archéologie ». Elle a encadré et co-encadré plusieurs mémoires de Maîtrises, DEA, Masters 1 et 2 et thèses.

À côté de nombreux projets internationaux qu’elle dirigeait, elle a exercé des responsabilités scientifiques et administratives parmi lesquelles :

  • Membre élue du Comité National du CNRS (section 31 et CID 46) de 2004 à 2008.
  • Membre nommée du Comité de Direction de la Maison de l’Archéologie et de l’Ethnologie (U. Nanterre PI, PX) : 2005-2008.
  • Membre nommée du Conseil Scientifique de la Réserve d’Iroise (2006-2008).
  • Présidente du Groupe des Méthodes Pluridisciplinaires Contribuant à l’Archéologie (GMPCA 2005-2009).
  • Membre du bureau du RTP « Paléogénétique de l’Homme et de son Environnement » (2005-2008).
  • Membre de trois comités éditoriaux (2 revues internationales, 1 nationale) et du CL de CNRS Editions (2004-2008).
  • Membre du Comité de rédaction de la revue ArcheoSciences.
  • Représentante de l’UMR 7209 au sein du Comité de Pilotage du Labex BCDiv (depuis 2011).
  • Experte auprès de l’Académie des Sciences de la République tchèque en 2009.
  • Experte auprès de l’Agence Nationale pour la Recherche (France) en 2010.

Ses travaux scientifiques et son implication dans la collectivité scientifique nationale et internationale ont été récompensés en 2016 par l’attribution de la médaille d’argent du CNRS et la distinction de Chevalière de l’ordre national de la Légion d'honneur.

Anne était une personne très forte et enthousiaste, généreuse, complexe, parfois difficile, mais une scientifique brillante qui se consacrait avec passion à tout ce qu'elle entreprenait.

La communauté française des bioarchéologues et les nombreux collaborateurs qu'elle a eus dans de nombreux endroits du monde sont très affectés par sa disparition prématurée.

Tresset GMPCA remise du prix2009REDPrésidente du GMPCA (2005-2009), remise du prix à Montpellier 2009